SHAKESPEARE, FRAGMENTS NOCTURNES

Shakespeare, fragments nocturnes

Sarah Shine (Helena) (Photo: Studio-j-adore-ce-que-vous-faites)

Chanteurs et musiciens de l’Académie de l’Opéra national de Paris
Pianiste: Philip Richardson
Violoncelliste: Saem Heo
Direction musicale: Benjamin Laurent
Mise en scène: Maëlle Dequiedt

Musique:
Mise-en-scène:

L’Académie de l’Opéra de Paris inaugure sa saison 2018/2019 avec un spectacle au programme intelligent: une succession d’airs inspirés par des pièces de Shakespeare sur le thème de la nuit. Ces airs proviennent aussi bien de Henry Purcell, Benjamin Britten, Richard Strauss ou Aribert Reimann; bien que les adaptations opératiques de Shakespeare soient nombreuses, on reste surpris par l’absence de Verdi.

Ce spectacle possède des mérites évidents, notamment celui de faire dialoguer différents compositeurs qui ont puisé à la même source. La scène où Giuletta (Bellini) et Juliette (Gounod) se répondent, l’une lasse et mélancolique, l’autre gaie et entraînante, est particulièrement réussie. L’entremêlement des trames narratives au gré des scènes produit une certaine confusion narrative, mais la palette de sentiments décrits par Shakespeare donne une cohérence à l’ensemble. Le spectacle aurait facilement pu prendre la forme d’un récital devant un pupitre; un travail théâtral est ici mené afin que chaque scène prépare la suivante et renforce l’élan dramatique. Les airs se succèdent ainsi dans une ascension qui culmine avec les hurlements du roi Lear, suivis d’un medley spectaculaire (très rossinien) puis d’un final en chœur (et en douceur).

Le théâtre shakespearien passe sans cesse du sublime au ridicule et du tragique au comique. Au lieu de se contenter de ce déroutant mais fertile dialogue entre les mélodies, celles-ci sont malheureusement entrecoupées par des inverventions parlées. Des saynètes assez balourdes échafaudent un fil conducteur maladroit, cherchent à apporter de l’humour mais tombent souvent à plat, dans ce qui semble être la tarte à la crème de la réflexion sur le théâtre. Les économes mais efficaces éléments de décor auraient sans doute suffi pour compléter la musique: une traîne de gaze qui devient linceul, la baignoire d’Ophelia ou les paillettes d’un philtre d’amour.

Parmi les nombreux chanteurs de l’Académie de l’Opéra de Paris à l’affiche de ce spectacle, on retiendra les prestations de Marianne Croux (Giuletta) qui possède un sens du drame, une ampleur et une puissance vocales prometteuses, et Sarah Shine (Helena) qui se démarque par son agilité dans les aigus et la beauté de son timbre. Le niveau est plus homogène parmi les hommes, mais on soulignera la souplesse et la stabilité du chant d’Alexander York (Demetrius) ainsi que la présence scénique et le son riche de la voix de Danylo Matviienko (Hamlet). On retiendra également la virtuosité du jeu de Federico Tibone au piano, qui apporte aux scènes qu’il accompagne une profondeur debussyste.

Au gré des airs, on oublie presque le thème de la nuit, même si l’étrange succession de mélodies, l’apparition soudaine de personnages ou le mélange des styles donne à ce spectacle un arôme délicatement onirique.

Il y a des représentations jusqu’au 17/10/2018.

Max Yvetot (Publié le 11/10/2018)

Geef een reactie

Het e-mailadres wordt niet gepubliceerd. Vereiste velden zijn gemarkeerd met *

Deze website gebruikt Akismet om spam te verminderen. Bekijk hoe je reactie-gegevens worden verwerkt.