Alagna, parfait Otello des dédales vénitiens

Otello

Roberto Alagna (Otello) et Aleksandra Kurzak (Desdemona) (Photo: Charles Duprat / Opéra national de Paris)

Otello, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Arrigo Boito d’après Othello ou le Maure de Venise de William Shakespeare. Créé au Teatro alla Scala de Milan, le 5 février 1887. Représentation par L’Opéra national de Paris à l’Opéra Bastille le 13 mars 2019.

Otello: Roberto Alagna
Jago: George Gagnidze
Cassio: Frédéric Antoun
Roderigo: Alessandro Liberatore
Lodovico: Paul Gay
Montano: Thomas Dear
Desdemona: Aleksandra Kurzak
Emilia: Marie Gautrot

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris
Direction musicale: Bertrand de Billy
Mise en scène: Andrei Șerban

Musique:
Mise-en-scène:

Dans la continuité des festivités qui marquent son trois cent cinquantième anniversaire, l’Opéra de Paris a repris cette année la belle production d’Otello mise en scène par Andrei Serban. Loin des extravagances noires que proposait Calixto Bieto pour Simone Boccanegra quelques mois plus tôt, l’avant-dernier opéra de Verdi est ici subtilement contextualisé, avec un décor dont la richesse tient autant à son évocation des rives vénitiennes qu’à la symbolique du voile. Un pan de mur creusé d’arcades à demi-orientales suffit à planter la « porte de l’Orient » qu’a longtemps été Venise, maîtresse de la Mer Méditerranée au Bas Moyen Âge et à la Renaissance, à l’époque où se place le drame.

D’un acte à l’autre, chaque fois orienté différemment, ce pan reste, suggérant un intérieur ou une place publique, tout en donnant une grande unité visuelle au spectacle. Des voiles flottent sur scène, symbolisant tantôt le secret d’amours interdits, le navire qui valdingue dans la baie de Venise, l’intimité du pouvoir du Doge à la recherche d’une vérité qu’il ne peut pas saisir ou la sensualité de Desdemona, et annoncent le linceul de la mort prochaine.
Le drame s’accélère, tandis que le jour alterne avec des nuits au ciel violet. Un palmier perché au-dessus des protagonistes suggère la torpeur méridionale, dont les relents fiévreux s’emparent des personnages.

Dans cet élégant décor, Roberto Alagna campe un Doge particulièrement héroïque.

Fidèle à lui-même, enthousiasmant d’enthousiasme, virevoltant d’un endroit à l’autre sans jamais diminuer en décibels ou ralentir en cadence, il comble la grande salle de l’Opéra Bastille de son chant puissant. Dès l’ « Esultate » initial, quand il rompt les combats enivrés sur la grève, il s’impose comme un parfait Otello. Son interprétation, ultra-sanguine, donne de l’ardeur aux sentiments qui déchirent le héros : sa jalousie devient vengeresse, sa colère meurtrière. Comme lorsqu’il chantait Samson au Théâtre des Champs-Elysées il y a un an, Roberto Alagna convainct peut-être moins les spectateurs dans les scènes d’amour où le miel des doux sentiments s’évapore en délicats volutes. Pourtant, il est accompagné d’Aleksandra Kurzak, une chanteuse avec qui il a coutume de s’épancher, et qui apporte ici une heureuse dose de sensualité à l’oeuvre. Sa voix mélodieuse, aussi abondante qu’une fontaine, d’une douceur qui suffirait à convaincre quiconque de l’innocence du personnage injustement accusé d’adultère, se teinte d’agréables couleurs orangées. Elle contrebalance parfaitement Roberto avec un lyrisme plus appuyé. Le maléfique enseigne du Doge, Jago, animé par une philosophie retorse, sombre mélange de cynisme et d’individualisme, ici interprété par George Ganidze, se démarque des deux autres par la sécheresse de son timbre. Incisif, fort, vif, il ne laisse à aucun moment le public lui prêter des sentiments aimants. Quatrième personnage principal, le Cassio de Frédéric Antoun manque un peu de coffre pour être capitaine, malgré une jolie voix.

La partition d’Otello, sous l’influence des flux continus wagnériens, donne une place discrète mais essentielle à l’orchestre. Il n’y a guère de passages purement orchestraux, si ce n’est au commencement du quatrième acte, dont les accents annoncent d’emblée la tragédie de la fin. L’orchestre est pourtant omniprésent, ses rugissements illustrent les tonnerres de la tempête ou les éclats des combats intérieurs, sous la baguette précise et souple de Bertrand de Billy. On soulignera également l’implication constante du choeur, central dans l’oeuvre, dont les parties renforcent l’ampleur au drame, en créant de saisissants contrastes entre scènes intimes et apparitions publiques.

On ne peut donc que recommander cette production d’Otello, justement reprise pour célébrer l’anniversaire de l’Opéra de Paris.

Max Yvetot (Publié le 16/3/2019)

 

1 Comment

  1. Pierre schreef:

    Thanks for your review !

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