NABUCCO: ANNA PIROZZI SUBLIME DANS LE ROLE D’ABIGAILLE

Nabucco

Mur des Lamentations – Jérusalem. (Photo © Mat Jacob./.Tendance Floue)

Nabucco, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Temistocle Solera, tiré de Nabuchodonosor (1836), drame d’Auguste Anicet-Bourgeois et de Francis Cornu. Créé le 9 mars 1842 à la Scala de Milan. Version de concert au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, le 9 novembre 2018.

Nabucco: Amartuvshin Enkhbat
Abigaïlle: Anna Pirozzi
Ismaël: Massimo Giordano
Zaccaria: Riccardo Zanellato
Fenena: Enkelejda Shkoza
Le Grand Prêtre de Belos: Martin Hässler
Abdallo: Grégoire Mour
Anna: Erika Baikoff

Orchestre de l’Opéra national de Lyon
Chœurs de l’Opéra national de Lyon
Direction musicale: Daniele Rustioni

 

Alors que Nabucco fait partie des opéras de Verdi dont les airs sont les plus appréciés du public, cette œuvre ne fait malheureusement pas partie du répertoire coutumier des salles parisiennes. Le concert donné au Théâtre des Champs-Elysées vendredi 9 novembre rend un très juste hommage à cette partition pleine de richesses, qui raconte les troubles du peuple juif à Jérusalem sous le règne du tyrannique roi babylonien Nabuchodonosor, les conflits entre les deux filles du roi, l’une convertie au judaïsme par amour, l’autre qui vole le pouvoir à son père. Après avoir sombré dans la folie, Nabuchodonosor apportera la paix lorsqu’il se sera à son tour converti au judaïsme.

Dès les premières notes, le fougueux chef de l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon, Daniele Rustioni, agité à son pupitre, secouant ses cheveux, sautant, dirige avec une grande intensité. L’ouverture est soignée, l’orchestre ralentit pour appuyer les pizzicati qui accompagnent les mélodies des flûtes, puis accélère dans les explosions orchestrales, où les percussions résonnent de façon sourde. Daniele Rustioni porte une grande attention au rythme, dicté avec minutie. Les détails de l’orchestration sont joliment mis en valeur, notamment par les flûtes traversières, même dans les passages plus ébouriffants.

En remplacement de Léo Nucci, le baryton mongol Amartuvshin Enkhbat impressionne par la solidité de son chant. Campé sur la scène, sa voix est incisive, mordante, d’une justesse décoiffante.

Plein de mâturité dans les premiers actes où Nabucco affirme son pouvoir, il exprime ensuite avec justesse la tendresse et la fragilité du père au troisième acte. Âgé de trente-deux ans, il s’agit sans conteste d’un artiste prometteur !

Anna Pirozzi est sublime dans le rôle ambigu de la fille adoptive Abigaïlle. Très incarnée, viscérale, entière dans chacune de ses interventions, on craint presque qu’elle n’en fasse trop. Son entrée en scène, accompagnée de cordes très tendues, est remarquable. Glaçante un moment, terrifiante ensuite, indomptable, même par un orchestre à pleine puissance, elle est capable de passer sans transition à une étonnante délicatesse. Son air au deuxième acte, en partie a capella, n’est qu’une des illustrations des ressources dont elle dispose, qui lui permettent d’exprimer toutes les contradictions du personnage-clef de cet opéra, qui passe de la fureur à la fourberie, puis de la folie au remords.

Par comparaison, la Fenena d’Enkelejda Shkoza semble beaucoup moins nuancée. La chanteuse albanaise a pourtant une voix assez belle, et suffisamment puissante pour être remarquée dans les airs choraux, comme le finale à sept voix (« immense Jéhovah »). On retiendra peut-être davantage la rondeur généreuse du ténor Massimo Giordano dans le rôle d’Ismaël, dont l’immédiateté du chant charme. Le Zaccaria de Riccardo Zanellato est profond, émouvant, assez juste pour le personnage, bien que sa voix ne rayonne pas.

Le choeur, présent tout au long de l’oeuvre, incarnation du peuple juif opprimé, est remarquable dès le premier acte lorsque les sopranos chantent seules avec les harpes, puis comble le public pour le «Va pensiero» au quatrième acte. Les choeurs de L’Opéra national de Lyon font preuve d’une belle homogénéité, et le soupir appuyé qui clôt le choeur tant attendu donne des frissons.

On ne peut que recommander l’écoute de la rediffusion de ce concert sur France Musique dimanche 18 novembre à 20h, en espérant une version mise en scène à Paris dans les prochaines saisons.

Dernière représentation à l’Opéra de Vichy, le 11 novembre 2018

Max Yvetot (Publié le 11/11/2018)

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