Le postillon, justement ressuscité

Le Postillon de Lonjumeau

Michael Spyres (Chapelou), Franck Leguérinel (marquis de Corcy), chœur accentus. (Photo: DR Stefan Brion)

Le Postillon de Lonjumeau, opéra-comique en trois actes d’Adolphe Adam sur un livret d’Adolphe de Leuven et Léon-Lévy Brunswick. Créé le 13 octobre 1836 à la Salle de la Bourse où la troupe de l’Opéra-comique était alors provisoirement établie. Première de cette production à l’Opéra-comique le 30 mars 2019. Représentation du 1er avril 2019.

Chapelou / Saint-Phar: Michael Spyres
Madeleine / Madame de Latour: Florie Valiquette
Le marquis de Corcy: Franck Leguérinel
Biju / Alcindor: Laurent Kubla
Rose: Michel Fau
Louis XV: Yannis Ezziadi
Bourdon: Julien Clément

Chœur accentus / Opéra de Rouen Normandie
Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Direction musicale: Sébastien Rouland
Mise en scène: Michel Fau

Musique:
Mise-en-scène:

L’opéra-comique a le mérite, peu partagé, de ressusciter des partitions injustement oubliées. L’année dernière, le théâtre avait proposé Mârouf, savetier du Caire d’Henri Rabaud dans une mise en scène résolument comique, avec une pointe séduisante d’exagération et une poignée de très bons chanteurs. La même formule est ici reprise pour Le Postillon de Lonjumeau d’Adolphe Adam, dont le nom figure sur le plafond de l’Opéra-Comique, alors même que ses œuvres s’étaient depuis longtemps évaporées du répertoire.

L’histoire du Postillon de Lonjumeau est assez invraisemblable : le jour de son mariage avec Madeleine, le postillon Chapelou se fait repérer par un courtisan de Louis XV à la recherche de voix remarquables, puis embarquer à Paris pour intégrer l’Opéra. Dix ans plus tard, chanteur désormais reconnu, renommé Saint-Phar, il tombe amoureux d’une noble spectatrice, Madame de Latour, avec qui il se marie, et qui lui permet d’échapper à l’échafaud pour bigamie lorsqu’elle se révèle être sa première épouse, Madeleine, qui a entretemps hérité titre et fortune de sa tante.

Cette franche comédie est ici plongée dans un bain de crème : les époux, attifés de rutilants costumes, sont juchés sur un gâteau de mariage, encadré par un ciel de pâquerettes géantes. Le chœur est un festival de couleurs, où la moire se frotte à la dentelle, avec les costumes beaux et bariolés signés Christian Lacroix. Celui-ci détourne les codes vestimentaires de l’époque moderne pour offrir une vision fantasmagorique du petit peuple sous Louis XV, à l’image des rêves fous que forment Chapelou et Madeleine au commencement, et qui se réalisent. La mise en scène de Michel Fau poursuit dans le merveilleux avec des rosaces de fleurs, un cosmos bleu nuit, des manèges de pégases ou des torrents fluorescents de chlorophylle.

Musicalement, la partition repose presque uniquement sur le couple de chanteurs, les autres protagonistes et le chœur étant la plupart du temps réduits à la fonction de faire-valoir. Dans le très attendu rôle de Chapelou, Michael Spyres ne manque pas de panache. L’arrogance du personnage est justement illustrée par l’ampleur de sa voix, et la longueur de son souffle lui permet d’attaquer avec mordant les passages les plus compliqués, notamment la ronde du postillon et ses célèbres contre-rés, sans jamais faire l’économie de fioritures vocales. Alors que l’ombre du légendaire ténor Nicolai Gedda plane comme un modèle encombrant, Michael Spyres s’est approprié ce rôle qu’il chante avec moins de force et moins d’aisance dans les cimes vocales, mais plus de roucoulades et un legato plein de charme.

Pour le séduire, lui résister et enfin le sauver, Florie Valiquette fait de Madeleine un rôle tout aussi cardinal. Vive, avec un timbre fort joli, parfois perçante, elle donne la parfaite réplique à Chapelou à la sortie de leur mariage, lorsque les deux héros se confessent leurs doutes, dans une scène qui évoque les amours de Tonio et Marie dans La Fille du régiment de Donizetti, créé quatre ans après Le Postillon de Lonjumeau à l’Opéra-comique. Florie Valiquette est sensationnelle lorsqu’elle joue, tour à tour, les rôles de Madeleine et Madame de Latour pour confondre Chapelou / Saint-Phar, alternant gouaille grave et volupté aérienne. Rarement en peine, élancée dans les aigus, elle puise dans son vibrato et dans de sensuels roulements de gorge la force de son chant.

Le chœur, essentiel au drame qui se déroule, incarnation de ce monde à cheval entre ville et campagne, se contente de passages relativement banals mais efficaces. Les seconds rôles, notamment le marquis de Corcy et Biju, sont limités à de brefs airs, et ne donnent guère de place à Franck Leguérinel et Laurent Kubla pour briller. On s’attardera davantage sur la cohésion du plateau vocal dans son ensemble, sur la cohérence du jeu des acteurs, ou sur les jolis effets orchestraux qu’Adolphe Adam, aujourd’hui surtout connu pour le ballet Gisèle, utilise pour agrémenter la partition.

Comme le dit le personnage au troisième acte, Chapelou commence par quitter sa femme pour le théâtre, puis décide de faire l’inverse. Les spectateurs, eux, quittent l’Opéra-comique conquis par cette juste résurrection scénique.

Max Yvetot (Publié le 4/4/2019)

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