HAMLET, UN GRAND OPERA

Hamlet

Stéphane Degout (Hamlet) & Ensemble (Photo: Stéfan Brion)

Hamlet, opéra en 5 actes d’Ambroise Thomas sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier. Créé à l’Opéra Le Peletier (Paris) le 9 mars 1868. Première de cette production à l’Opéra-Comique (Paris), le 17 décembre 2018.

Hamlet: Stéphane Degout
Ophélie: Sabine Devieilhe
Claudius: Laurent Alvaro
Gertrude: Sylvie Brunet-Grupposo
Laërte: Julien Behr
Le Spectre: Jérôme Varnier
Marcellus, 2ème Fossoyeur: Kevin Amiel
Horatio, 1er Fossoyeur: Yoann Dubruque
Polonius: Nicolas Legoux

Chœur Les éléments
Orchestre des Champs-Élysées
Direction musicale: Louis Langrée
Mise en scène: Cyril Teste

Musique:
Mise-en-scène:

Après Les Huguenots à L’Opéra national de Paris à l’automne, le public parisien peut poursuivre sa redécouverte du grand opéra à la française avec Hamlet à l’Opéra-Comique. Cet opéra, un des deux seuls d’Ambroise Thomas qui ait résisté à l’usure du temps (et aux effets de mode), raconte les tourments de Hamlet, hanté par l’image de son père, mystérieusement mort, dont le trône et la femme ont été repris son frère Claudius. Obsédé par la vengeance, Hamlet délaisse la pauvre Ophélie qui mourra d’amour, mais son enterrement sera l’occasion pour lui de réaliser ses sombres desseins, avant d’être lui-même couronné roi.

La partition d’Ambroise Thomas est foisonnante, c’est une succession saccadée d’airs et de mélodies avec des changements brusques de rythmes. La direction musicale de Louis Langrée n’est pas toujours précise, mais elle est agréablement entraînante et l’oeuvre permet à de nombreux instrumentistes de briller. Lors de la scène de bal au premier acte, un trombone particulièrement mélancolique exprime le désarroi d’Hamlet, isolé au milieu de la foule. L’hommage au vin de Hamlet à l’acte II s’ouvre sur les ondulations rythmées de deux harpes, et la scène se poursuit avec un beau lamento de saxophone lors du meurtre de Gonzague, pièce de théâtre qu’Hamlet a commandée à ses amis pour dénoncer Claudius en public.

Néanmoins, l’oeuvre est  surtout portée par quelques excellents chanteurs.

Sabine Devieilhe sublime le rôle d’Ophélie: presque trop à l’aise dans les premières scènes où la partition est relativement moins exigeante, elle est éblouissante de virtuosité au quatrième acte lorsque, introduite par les scintillements de l’orchestre et le souffle tellurique des cordes, elle chante sa fébrilité, qui frise à la folie. Perchée dans les aigus, grâce à un souffle aussi sensuel que puisssant, elle déambule dans des sphères célestes, prodigant de caressants roucoulis riches de mille modulations.

A ses côtés, Stéphane Degout campe un Hamlet très attachant. On pourrait lui reprocher un vibrato trop appuyé lors de son entrée en scène, mais il séduit rapidement par sa capacité à passer d’une harangue tonnante à une expression plus intime. Stéphane Degout est particulièrement envoûtant au troisième acte, lors de l’attendu « Être ou ne pas être ». Avec son coffre à festival, sa force réside dans sa profondeur: son chant gonfle, reflue, gonfle à nouveau progressivement jusqu’à éclater avec fracas, comme s’il domptait la mer. Annoncée souffrante au début du spectacle, Sylvie Brunet-Grupposo était par contre assez décevante. Sa voix tremblait tant que le personnage de la mère perdait de son intérêt. On retiendra davantage le Claudius de Laurent Alvaro, dont la voix d’airain, très incisive et claire, assoit avec panache le personnage de l’oncle coupable, ou celle de Jérôme Varnier, très caverneuse, idéale pour incarner le spectre du père.

Le grand opéra à la française raffole des coups de théâtre, et Hamlet offre plusieurs opportunités pour surprendre ou dérouter les spectateurs. La mise en scène de Cyril Teste s’empare intelligemment des pauses dramatiques que constituent les ouvertures orchestrales en montrant les personnages évoluer en coulisse jusqu’à leur entrée en scène. Cette grandiloquence retombe néanmoins lorsque le drame se déroule dans un décor presque nu, où un rideau flotte comme un train fantôme sur la scène, miroitant alternativement le portrait du père ou de son frère Claudius. Au milieu de meubles banals, le jeu des chanteurs manque souvent de spontanéité, et la réflexion théâtrale n’est guère alimentée par le fait que les techniciens construisent et déconstruisent les décors sous nos yeux. Le couronnement final d’Hamlet, doublement mis en scène avec le retour de la vidéo, comme la noyade d’Ophélie dans une valse d’eau étoilée, correspondent plus aux intentions grandioses d’Ambroise Thomas, qui voulait que son Hamlet soit affilié au genre du grand opéra.

Il y a des représentations jusqu’au 29 décembre 2018. Details.

Max Yvetot (Publié le 19/12/2018)

1 Comment

  1. Ad Middendorp schreef:

    Merci Max, pour votre information pédagogique.

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