Un quatuor de chanteurs parfait pour Don Pasquale

Don Pasquale

Pretty Yende (Norina) (Copyright : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris)

Don Pasquale, opéra bouffe (opera buffa) en trois actes de Gaetano Donizetti sur un livret de Giovanni Ruffini, joué pour la première fois le 3 janvier 1843 au Théâtre italien de Paris. Première de cette production par l’Opéra national de Paris au Palais Garnier le 22 mars 2019. Représentation du 28 mars 2019.

Don Pasquale : Michele Pertusi
Dottor Malatesta : Christian Senn
Ernesto : Javier Camarena
Norina : Pretty Yende
Un notario : Frédéric Guieu

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Direction musicale : Michele Mariotti
Mise en scène : Damiano Michieletto

Musique:
Mise en scène:

Quelques mois après L’Elisir d’amore, l’Opéra de Paris poursuit dans le répertoire de Donizetti avec l’opéra-bouffe Don Pasquale, composé dix ans après le premier. Don Pasquale, propriétaire riche mais avare, s’oppose au mariage de son neveu et se marie lui-même, sous l’influence du docteur Malatesta, mais, victime des mauvais traitements de sa femme, il accède au désir de son neveu, avant de s’apercevoir qu’il n’a été poussé à se marier que pour satisfaire ce dernier, qui récupère sa propre femme, qui se trouve justement être celle que le neveu voulait épouser depuis le commencement.

La mise en scène de Damiano Michieletto, dans laquelle l’oeuvre a été donnée pour la première fois à l’Opéra de Paris, colle assez fidèlement au livret, tout en modernisant le lieu de l’action. Une charpente de néons dessine le toit de la maison de Don Pasquale où une grande partie de l’histoire se trame. Un lit, une baignoire, une horloge, une table et des portes posés sur scène esquissent les différentes pièces de cette maison sans mur, dans laquelle le spectateur peut tout voir, et donnent à la scène l’allure d’une arrière-boutique de brocante. Le décor a le triple mérite d’être simple, fidèle à l’intrigue et efficace dramatiquement. La métamorphose de la maison de Don Pasquale, lorsque Norina fait remplacer tous les meubles, y compris la voiture, est particulièrement réussie. On est moins convaincu par l’utilisation de la vidéo sur un fond vert, même s’il est toujours agréable, notamment à l’opéra Bastille, de voir les chanteurs en gros plan, et que la vidéo permet ici plusieurs effets humoristiques, notamment le portrait de Norina en grenouille de bénitier, prête à conquérir Don Pasquale.

L’originalité de cet opéra tient à sa forme ramassée; l’intrigue repose sur quatre chanteurs seulement, et la présence sporadique du choeur.

Ces quatre chanteurs constituent la force de cette représentation : tous excellents, avec des voix joliment caractérisées, l’homogénéité de leur niveau et la diversité de leurs timbres donnent une belle profondeur à cet opéra bouffe. La soprano Pretty Yende, dans l’unique rôle féminin de cet opéra, semble disposer d’un souffle infatigable. D’une grande maîtrise, elle prodigue mille modulations et de très sensuels trémolos. Sa voix chaude rend le personnage aussi sympathique que séduisant. Il est difficile pour Don Pasquale de ne pas lui pardonner ses écarts. Personnage plus mystérieux, dont on comprend mal les motivations, le docteur Malatesta, interprété par Christian Senn, a une belle voix enveloppante, ronde, pleine de générosité, notamment lorsqu’il chante les louanges de sa prétendue soeur devant Don Pasquale, ou lorsqu’il chante en duo avec Pretty Yende.

Sa voix fait contraste avec celle de Michele Pertusi dans le rôle de Don Pasquale, au timbre plus sec, mais au coffre enthousiasmant. Plus aride, plus rigide, Michele Pertusi sait se presser ou s’impatienter. Son jeu impliqué, très expressif, rend le spectacle vivant, sans jamais tomber dans l’excès. Il est particulièrement bon dans les air rossiniens à la diction accélérée. Le ténor Javier Camarena, dans le rôle du neveu Ernesto, se distingue des autres par la limpidité de sa voix, extrêmement tonique. Plein de passion, avec un timbre perché, il a une très belle voix de tête. Petit, attifé comme un vieil adolescent, ses cris pleins de jeunesse apportent du second degré au spectacle.

Contrairement à certains enregistrements où l’orchestre a une tonalité uniquement joyeuse, l’interprétation impulsée par le chef d’orchestre Michele Mariotti met l’accent par moments sur la mélancolie de cette histoire : l’orchestre ralentit, les vents se lamentent, les cordes grincent, lors de l’ouverture ou après la gifle qu’assène Norina à Don Pasquale, qui est suivie par une musique aux accents sinistres, expression des tourments existentiels du héros qui, comme son homonyme français deux siècles plus tôt, médite sur le fait que “le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas”.

Cette représentation de Don Pasquale est très réussie car elle échappe au travers de l’unidimensionnalité : drôle, le spectacle est en même temps beau, et ne manque pas de profondeur.

Il y a des représentations jusqu’au 16 avril 2019. Details.

Max Yvetot (Publié le 31/3/2019)

Geef een reactie

Het e-mailadres wordt niet gepubliceerd. Vereiste velden zijn gemarkeerd met *

Deze website gebruikt Akismet om spam te verminderen. Bekijk hoe je reactie-gegevens worden verwerkt.