DIDO AND AENEAS: UN SPECTACLE UN BRIN MONOLITHIQUE

Dido an d Aeneas

Chantal Santon Jeffery (Dido) (Photo: Anne Sophie Soudoplatoff – cmjn)

Dido and Aeneas, opéra de Henry Purcell sur un livret de Nahum Tate, représenté pour la première fois en 1689 à la Boarding School for Girls à Chelsea (Londres). Représentation à l’Athénée – Théâtre Louis Jouvet à Paris, le 28 septembre 2018.

Didon, Vénus, Magicienne: Chantal Santon Jeffery (soprano)
Énée, Phoebus, l’Esprit, le Marin: Yoann Dubruque (baryton)
Belinda, 2 Néréide, 1 Sorcière: Daphné Touchais (soprano)
Seconde Dame, 1 Néréide, 2 Sorcière: Chloé de Backer (mezzo-soprano)

Ensemble Diderot
Direction musicale: Johannes Pramsohler
Mise en scène: Benoît Bénichou

Musique:
Mise-en-scène:

Le Théâtre de l’Athénée a prévu entre septembre et octobre un trio d’œuvres créées ou inspirées par le compositeur anglais Henry Purcell. Cette « rétrospective » commence avec Didon et Énée, qui raconte de façon condensée et retenue (nous sommes loin des élans romantiques qu’exprimera Hector Berlioz lorsqu’il racontera la même histoire dans Les Troyens) les amours fugaces d’Énée, chef des Troyens ayant fui sa cité sous les assauts des Grecs, et de Didon, reine de Carthage. L’union est mise à mal lorsque des sorcières ennemies de Didon se font passer pour des dieux et poussent Énée vers l’Italie et son destin pour fonder l’empire romain; Didon mourra d’amour.

La mise en scène, moderne, est placée sous le signe de l’épure: des panneaux de gaze blanche descendent sur scène, s’enroulent et esquissent des embarcations, les chanteurs sont parés de vêtements composites, noirs ou blancs. L’omniprésence du chœur tout au long de l’œuvre rend la scène agitée, à l’image peut-être du maelström sentimental dans lequel Didon se perd, sauf que l’enthousiasme juvénile des choristes (par ailleurs très justes) enlève à l’histoire sa triste gravité. Le petit orchestre de l’ensemble Diderot, composé de sept violons, deux altos, deux violoncelles et un clavecin, souffre également d’un d’entrain excessif. Ce modeste format musical aurait dû souligner le caractère intimiste de l’œuvre. Pourtant, le volume sonore des violons est tel que les autres instruments s’y noient; on aurait aimé entendre davantage les accents sombres des violoncelles.

Les quatre chanteurs interprètent l’ensemble des rôles de l’opéra. Daphné Touchais, tour à tour Belinda, néréide ou sorcière, relève avec aisance ce défi. Une voix souple, un phrasé rapide et un souffle long lui permettent d’incarner avec conviction ces différents personnages. La beauté de sa voix la rend presque plus émouvante que Didon, et autrement plus poignante en tant que sorcière. Chantal Santon Jeffery semble avoir concentré ses efforts sur le lamento final, pour lequel elle comble justement la salle. Mais sa voix est malheureusement trop figée dans les aigus dans les premiers airs, où elle ne parvient pas à donner de la profondeur et des nuances à la mystérieuse reine de Carthage. Dramatique, par moments majestueuse, elle souffre de la comparaison avec Daphné Touchais dont la voix est plus chaude (peut-être y a-t-il une certaine justice à ce que la servante soit mieux servie que la reine?).

Yoann Dubruque, qui hérite de l’ensemble des figures masculines, incarne un Énée guerroyant, qui attaque chaque air de façon abrupte. Son timbre est sec, minéral, et l’on regrette que son amour ou ses doutes ne soient davantage saupoudrés de sucre. Chloé de Backer, moins présente, se distingue dans les duos avec Daphné Touchais. Plus effacée, elle aurait pu davantage imposer son timbre de mezzo-soprano sur scène.

Didon et Énée est un spectacle sympathique, rendu accessible par le format de l’orchestre et une mise en scène relativement simple, même si la pâte sonore de l’orchestre et l’interprétation de certains chanteurs frustreront certains par leurs aspects monolithiques.

Il y a encore une représentation de Didon et Enée le 30 septembre. King Arthur sera à l’affiche du 3 au 7 octobre et Queen Mary du 10 au 13 octobre 2018.

Max Yvetot (Publié le 30/9/2018)

 

Photos: Anne Sophie Soudoplatoff – cmjn. & Othello Vilgard – cmjn.