Sex’Y, entre boudoir et confessional

Sex'Y

Sex’Y (Photo studio J’adore ce que vous faites)

Dans les bas-fonds de l’Opéra de Paris, dans l’atmosphère feutrée de l’Amphithéâtre, un spectacle hybride, alliant musique et théâtre, sans être à proprement parler de l’opéra, est joué : Sex’Y. Sans trame narrative linéaire, c’est une série de clips ou de saynètes sur la sexualité, un voyage dans l’intimité des ordinateurs, des téléphones, des coeurs et des cerveaux des jeunes.

Sex’Y commence avec un couple nu qui s’étreint en roulant sur scène. La troupe arrive et s’assoit devant des ordinateurs: un dialogue à cent voix commence, bribes de discussions en ligne, tentatives laborieuses de séduction, déclarations maladroites, autant d’échanges d’une simplicité et d’une vérité désarmantes. Suit la lecture de profils en ligne de garçons qui se décrivent gauchement; ils se tiennent cachés par une grande toile de gaze contre laquelle se dodeline une fille qui passe de l’un à l’autre. Un couple à vélo se prend pour les amants du Titanic tandis que sont projetés sur eux des confettis-photographies. Une scène de masturbation collective se transforme en danse frénétique; la foule halète. Deux filles se déshabillent sous les clignotements d’un stroboscope. Un homme écrit au feutre rouge sang des paroles dans une cabine. Des hommes portant des masques de Mickey séduisent puis agressent une femme seule.

Des images sont projetés sur les surfaces, tantôt des images géantes de corps nus en noir et blanc, tantôt des poissons couleur arc-en-ciel ou des paysages naturels. Le spectacle se poursuit avec une ronde aux bras enlacés, puis un empilement des corps sous un voile gonflé de vent, magma humain informe, métaphore du matériau humain, et enfin un karaoké sur une chanson de Britney Spears, drôle mais touchant.

C’est une mise en spectacle et une mise à nu d’un quotidien que beaucoup partagent, une grande confession collective, où se lit, au-delà de l’humour, un profond désarroi amoureux. La metteur en scène Marie-Eve Signeyrole se tient juchée en hauteur de l’amphithéâtre et interagit avec les acteurs sur scène. Elle leur parle, les force à la confession, les place devant leurs contradictions, leur ordonne parfois de marcher, puis de s’arrêter.

La musique, jouée par le groupe canadien Dear Criminals est extrêmement mélancolique. Aux rythmes lancinants répondent des paroles simples, teintées de désespoir amoureux. Les chanteurs entonnent par moments un choeur minimaliste. Quelques notes de piano rappellent par moments au public qu’il est à l’opéra. Les basses gonflent lorsque le rythme s’accélère et des riffs de guitares habillent certaines scènes.

La force du spectacle réside dans l’atmosphère créée, à mi-chemin du boudoir et du confessional. En puisant dans le matériau anodin des échanges quotidiens, Marie-Eve Signeyrole parvient à toucher du doigt les remous de l’amour contemporain, les tiraillements individuels et la difficulté à exprimer ses sentiments malgré la multiplication des canaux de communication.

Max Yvetot (Publié le 27/1/2018)

Photos: studio J’adore ce que vous faites

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