Un héroïque Samson face à une tendre Dalila

Samson et Dalila, opéra de Camille Saint-Saëns sur un livret de Ferdinand Lemaire. La première (en allemand et sur l’initiative de Franz Liszt) a eu lieu au Théâtre de la Cour Grand-Ducale de Weimar, le 2 décembre 1877. Concert de Radio France au Théâtre des Champs-Elysées, le 12 juin 2018.

Roberto Alagna

Roberto Alagna (Photo: Jean-Baptiste Millot)

Marie-Nicole Lemieux

Marie-Nicole Lemieux (Photo: Manuel Cohen)

Mikhail Tatarnikov

Mikhail Tatarnikov (Photo: DR)



Samson: Roberto Alagna
Dalila: Marie-Nicole Lemieux
Le Grand prêtre: Laurent Naouri
Abimélech: Alexander Tsymbalyuk
Un vieillard hébreu: Renaud Delaigue

Orchestre National de France
Chœur de Radio France

Direction musicale: Mikhail Tatarnikov

 

En avant-première de la saison 2018/2019 du Metropolitan Opera de New York, Roberto Alagna chantait mardi 12 juin au Théâtre des Champs-Elysées en version de concert Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. Cet opéra raconte comment Samson, le valeureux chef des Juifs, cède aux charmes fourbes de Dalila, membre de la secte de Dagon qui cherche à l’anéantir. Prisonnier du grand prêtre et de Dalila, il entraîne dans la mort ses geôliers en brisant les colonnes du temple auquel il est attaché.

Roberto Alagna offre une interprétation héroïque du rôle de Samson : la puissance de son chant, alliée à une diction impeccable, conviennent parfaitement à la dimension guerrière du chef des Juifs. D’une robustesse de roc, il est si conquérant qu’il convainc moins le public lorsqu’il doit chanter sa faiblesse et son amour au 2ème acte. Il emballe cependant les foules à la fin du deuxième et du troisième actes, lorsqu’il hurle à merveille son désespoir, tandis que l’orchestre déchaîne ses tonnerres.

Marie-Nicole Lemieux incarne une Dalila surprenamment douce. Elle semble si heureuse de chanter les airs du premier acte qu’elle ne se soucie guère d’attiser les braises ardentes de la séduction. Sa voix est jolie, son interprétation délicate, mais elle manque d’aspérité pour un rôle si sombre et si ambivalent; ses éclats soudains surprennent plus qu’ils ne font frémir, même si elle est capable d’électriser le public, notamment lorsqu’elle reproche à Samson d’être un “cœur sans amour” à la fin du deuxième acte.

Laurent Naouri a une voix parfaite pour le rôle du grand prêtre: grave, ample, auguste et d’une grande élasticité; ses invocations enrobées envoûtent les spectateurs. Alors que le casting des trois rôles principaux est dans l’ensemble remarquable, la prestation des seconds rôles laisse indifférent, notamment la brochette de philistins.

Après une belle ouverture, avec notamment des violoncelles vrombissant, la conduite d’orchestre de Daniel Tatarnikov semble parfois hésitante au premier et au deuxième actes. Il n’exploite pas le potentiel hypnotisant des volutes orchestraux qui accompagnent le jeu de séduction de Dalila. L’orchestre se révèle cependant lors de la bacchanale du troisième acte : les maracas cliquettent, les cuivres clament, le tambour résonne tandis que les cordes valsent. Le choeur de Radio France est lumineux: il émerge subtilement des cordes pendant l’ouverture, et s’illustre notamment dans l’air du printemps au premier acte.

La production du Théâtre des Champs-Elysées, héroïque et par moments grandiose, rappelle avec justesse que Samson et Dalila appartient au genre du grand opéra à la française et promet des frissons certains l’année prochaine à New York.

Le concert est repris le 15/6/2018.

Max Yvetot (Publié le 14/6/2018)

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