Une réflexion-confession critico-poétique sur la banlieue française

23 Rue Couperin

23 Rue Couperin (Photo: Isabelle Meister)

23 rue Couperin, poème scénique d’Alain Franco avec des textes de Karim Bel Kacem. Première à l’athénée – Théâtre Louis Jouvet, le 15 mai 2018.

Ensemble Ictus

direction musicale: Alain Franco
mise en scène: Karim Bel Kacem

23 rue Couperin est l’ôde d’un ancien habitant à la barre HLM de la banlieue d’Amiens où il a grandi avec sa famille, une critique féroce des politiques publiques d’urbanisme qui ont conduit à leur construction, puis à leur destruction, stigmatisant d’abord leurs résidents pour enfin effacer leur histoire. L’ensemble résidentiel en question s’appelle Les pigeonniers, et le spectacle est ainsi tissé du roucoulement régulier de pigeons. Au milieu des maquettes en kapla des immeubles, sans figurant, des becs à gaz et des haut-parleurs recréent une scène d’émeute. La barre principale s’effondre dans un tintamarre de bois, au milieu des sirènes et des bris de glace, un nuage de souffre se répand sur le public. Une grue en forme d’étoile articulée avec six bras-ampoules se déplace et poursuit la destruction, tandis qu’un discours politique contemporain de la construction des tours retentit.

Seule la deuxième partie est à proprement parler musicale : un quintette apparaît sur un monte-charge et interprète des variations musicales inspirées des noms que les pouvoirs publics ont donnés aux immeubles, comme autant de modèles destinés à parfaire l’utopie sociale : Gounod, Mozart, Debussy, Franck, Ravel, Couperin. « Que doit Couperin à Couperin ? », demande l’auteur. Une opposition se fait jour entre le rêve architectural qui s’est transformé en une réalité terne, et un idéal intellectuel et musical qui ne prend pas racine.

La même opposition se dessine entre la langue des pouvoirs publics, déclamée, conquérante et pontifiante, et les bribes de discussion des habitants, interlopes, crues, mais sensibles.

Le spectacle se finit avec le monologue d’un jeune de cette cité, Yacine, pot-pourri verbal composé de mots affectueux, de jurons, de discours politiques, d’analyse partisane, comme si Yacine était devenu lui-même la cité, le réceptacle de tous les mots que cet ensemble architectural a suscités ou entendus, avant de disparaître avec lui.
Oeuvre originale sur un sujet de longue date d’actualité, 23 rue Couperin est un spectacle multiforme, réflexion-confession sur les relations entre l’architecture et ses habitants. La deuxième partie apporte, avec la musique, une dimension plus poétique à cette oeuvre, dans l’ensemble brute. L’ensemble Ictus se fond élégamment dans ce décor sombre, pour tenter d’en extraire la poésie cachée. L’origine des partitions est brouillée par le mélange d’instruments modernes et plus classiques, ce qui leur apporte une certaine fraîcheur. Plus inventive que les deux autres, plus douce aussi, c’est paradoxalement cette promenade musicale qui parvient le mieux à exprimer l’absurdité de cette histoire de France, partagée par tant de personnes.

Il y a des représentations jusqu’au 19/5/2028.

Max Yvetot (Publié le 16/5/2018)

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