Un opéra éternellement d’actualité: “La Ronde” de Philippe Boesmans

Reigen

Farrah El Dibany (La Grisette) (Foto © J’adore ce que vous faites !)

Reigen (La Ronde), opéra de Philippe Boesmans sur un livret allemand de Luc Bondy, basé sur la pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler La Ronde (1897). La première eut lieu au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, le 4 mars 1993. Première de cette production à l’Amphithéâtre Bastille à Paris, le 2 novembre 2017. Représentation du 6 novembre 2017.

Dirne (La prostituée): Sarah Shine
Soldat (Le soldat): Juan de Dios Mateos
Stubenmädchen (La femme de chambre): Jeanne Ireland
Junger Herr (Le jeune monsieur): Maciej Kwaśnikowski
Junger Frau (La jeune femme): Marie Perbost / Marianne Croux
Gatte (Le mari): Mateusz Hoedt
Süsses Mädchen (La grisette): Farrah El Dibany
Dichter (Le poète): Jean-François Marras
Sängerin (La cantatrice): Sofija Petrovic / Angélique Boudeville
Graf (Le comte): Danylo Matviienko

Orchestre-Atelier Ostinato

Direction musicale: Jean Deroyer

Mise en scène: Christiane Lutz

Musique:
Mise-en-scène:

Créé en 1993 à Bruxelles, cet automne à l’affiche de L’Opéra de Paris, La Ronde de Philippe Boesmans résonne fortement avec l’actualité. Tandis que l’affaire Weinstein fait le jour sur de nombreuses affaires de violences sexuelles, à l’instar du film d’animation iranien Teheran Tabou d’Ali Soozandeh qui montre les liens affectueux, familials ou sexuels qui unissent et enferment une série de personnages, l’opéra du compositeur belge, basé sur une pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler, décrit une succession d’histoires amoureuses entre cinq hommes et cinq femmes.

Les dix scènes se succèdent comme tourne un manège; chaque fois, un des deux protagonistes disparaît, tandis qu’un autre vient le remplacer. C’est une mécanique cyclique dans laquelle s’exprime la diversité des sentiments, de l’amour à la fidélité, en passant par le désir, la déception et la violence. La Ronde commence avec un militaire et une prostituée, se poursuit avec un jeune homme et une femme de chambre, continue avec un poète et son modèle et se poursuit avec une cantatrice et un comte. Toutes ces histoires s’imbriquent les unes dans les autres et cette ritournelle montre l’éternel recommencement des mêmes situations – d’où l’actualité jamais démodée de cette œuvre.

La musique de Philippe Boesmans est un foisonnement orchestral. Les rythmes changent sans cesse, le tempo accélère pour s’interrompre, reprend de plus belle puis ralentit. Les influences musicales sont nombreuses, clins d’œil complices: on distingue tantôt des airs folkloriques, des mélodies de jazz, des mélopées orientalisantes ou une musique de cour royale. La Ronde emprunte à Stravinsky ses rythmes changeants, saccadés, et à Chostakovitch son caractère foisonnant, effervescent, cocktail d’humour et de tragédie, où la musique semble tour à tour un jeu léger puis une critique grinçante de la société.

A l’image de la très épurée mise en scène dans laquelle les personnages évoluent à Paris, sur la place de la Bastille, dans la rue ou à bord de taxis, la musique de Philippe Boesmans reflète la douce cacophonie urbaine, cousue de klaxons, de cris, de dialogues et de bruits. Seules les scènes d’amour, qu’elles soient sensuelles, violentes ou affectueuses, sont accompagnées d’accords plus continus; alors, le rythme ralentit, les airs se développent, diffusant des arômes souvent mélancoliques.

L’interprétation donnée par l’Orchestre-Atelier Ostinato et les musiciens en résidence à l’Académie de l’Opera national de Paris sous la baguette de Jean Deroyer, accentue le caractère explosif, saccadé et percussif de la partition. On dénoue difficilement de ce matériau éclectique le fil musical qui sous-tend l’opéra. Les contrastes sont accentués, soulignant l’humour juvénile et moqueur de l’œuvre, mais délaissant l’inextricable continuité qui se tisse entre les différentes scènes, intimement liées les unes aux autres.

Le plateau vocal, entièrement composé de jeunes apprentis-chanteurs de l’Académie de l’Opéra de Paris, est dans l’ensemble bon. Se distinguent notamment la soprano Sofija Petrović dans le rôle de la cantatrice, dont le coffre et les aigus emplissent l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, la voix souple de la mezzo-soprano Farrah El Dibany dans le rôle de la jeune fille, le monolithique baryton-basse Mateusz Hoedt dans le grave rôle du mari ainsi que le poète, incarné avec brio par le ténor Jean-François Marras, aussi à l’aise pour jouer que pour chanter.

Il y a encore des représentations jusqu’au 11 novembre 2017.

Max Yvetot (Publié le 7/11/2017)

Toutes les photos sont © J’adore ce que vous faites !

DelenShare on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someone

Geef een reactie

Het e-mailadres wordt niet gepubliceerd. Vereiste velden zijn gemarkeerd met *