UN PARADIS PLEIN D’OMBRES

Moscou Paradis

Moscou Paradis – Ensemble (Foto: Magali Dougados)

Moscou-Paradis, comédie musicale d’après Dimitri Chostakovitch Tcheriomouchki Moscou, Quartier des cerises , œuvre créée le 24 janvier 1959 au Théâtre de l’Opérette de Moscou. Nouvelle version pour deux pianos de concert et deux percussionnistes. Livret de Vladimir Mass et Mikhail Chervinsky. Première de cette production d’Opéra Louise à l’athénée – Théâtre Louis Jouvet, le 9 février 2018. Spectacle chanté en russe et français surtitré en français.

Lidotchka: Sheva Tehoval
Boris: William Berger
Babourov: Jean-Pierre Gos
Concierge: Steven Beard
Lioussia: Seraina Perrenoud
Sergueï: Sergiu Saplacan
Drebedniov: Alexandre Diakoff
Vava: Cassandre Stornetta
Macha: Nina van Essen
Sacha: Yannis François

Direction musicale: Jérôme Kuhn
Mise en scène: Julien Chavaz

Musique:
Mise-en-scène:

Pour la deuxième fois en France, la comédie musicale Moskva Tcheremoushki de Chostakovitch est jouée. Alors qu’à Lyon en 2009 le spectacle s’appelait Moscou, quartier des cerises, cette année au Théâtre de l’Athénée il s’appelle Moscou Paradis. En effet, cette brève œuvre de Chostakovitch, composée à la fin des années 1950, est un fabliau soviétique qui raconte comment, tandis qu’à Moscou se construisent de nouveaux immeubles modernes, plusieurs prétendants locataires vont empêcher deux personnes de s’approprier indûment un des nouveaux appartements. Les mélodies sont gaies, les paroles naïves, les refrains faciles à retenir. C’est une œuvre légère de Chostakovitch, le pendant soviétique des comédies musicales américaines contemporaines, éloge du même progrès, du même confort et de semblables sentiments.

Mais ici, derrière cette façade enthousiaste, quelque chose de plus grinçant se cache. La mise en scène met en lumière l’ambivalence de l’œuvre: le spectacle commence avec la silhouette fantomatique d’un vieillard en blouse bleue, coiffé d’un bonnet, qu’on croirait sorti d’un goulag, qui traverse le parterre pour hanter la scène tandis que les pianos frappent lentement des notes glabres. Ses apparitions s’accompagnent souvent d’un silence glaçant, celui de l’artiste muselé par la censure, celui de l’homme terrorisé par la violence de l’appareil étatique, autant d’échos à la vie du compositeur.

Cette présence offre un contraste saisissant avec les mélodies chantantes de l’œuvre et son atmosphère féerique.  Les interprètes sont vêtus de costumes pastels, violet, orange, rose, jaune ou vert. Ils chantent et jouent joyeusement. Le décor inexistant, sinon sommaire, souligne que nous sommes au théâtre. Des plateaux mobiles glissent sur scène et plantent un appartement, une cuisine, un jardin, tandis que des rideaux sur lesquels sont peintes des façades d’immeubles descendent du ciel.

L’orchestre est extrêmement réduit: les deux pianos et les deux percussionnistes donnent une lecture originale car intimiste de l’opérette. Ce côté récital berce et adoucit la partition. Néanmoins, on perd le côté fanfare des interprétations classiques, avec un orchestre plus cuivré. Les chanteurs sont inégaux. Dans l’ensemble, leur jeu est intelligent, leurs danses mécaniques et sympathiques, mais les voix ne sont pas toutes aussi entraînantes. On retient davantage celles de Sheva Tehoval, dans le rôle de Lidochka, soprano à la diction rapide et aux jolies trilles, de Nina van Essen, dans le rôle de Macha, mezzo-soprano d’une grande maîtrise, à la voix stable mais nuancée, et le Sacha du baryton Yannis François, dont la voix ronde porte loin.

Alors que la destruction prévue des immeubles construits pendant les années Khrouchtchev entraîne la mobilisation des résidents contre la disparition de leur quartier, Moscou Paradis vient rappeler l’esprit dans lequel la ville s’est construite dans les années d’après-guerre, même si l’euphorie progressiste ne peut effacer le souvenir des années de terreur qu’ont vécues les habitants de l’URSS.

Il y a encore des représentations les 10, 14, 15 et 16 février 2018.

Max Yvetot (Publié le 10/2/2018)

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