Une mise en scène originale au service d’une partition regrettablement oubliée

Mârouf, savetier du Caire

Mârouf, savetier du Caire – Ensemble. (Photo:Vincent Pontet)

Mârouf, savetier du Caire, opéra comique en cinq actes de Henri Rabaud sur un livret de Lucien Népoty d’après la traduction française des contes des Mille et Une Nuits par Joseph-Charles Mardrus, créé le 15 mai 1914 à l’Opéra-Comique de Paris. Reprise de la production de 2013. Première de cette série de représentations à l’Opéra-Comique de Paris, le 23 avril 2018.

Mârouf: Jean-Sébastien Bou
La Princesse Saamcheddine: Vannina Santoni
Le Sultan: Jean Teitgen
Le Vizir: Franck Leguérinel
Ali: Lionel Peintre
Fattoumah: Aurélia Legay
Le Fellah, Premier Marchand: Valerio Contaldo
Ahmad: Luc Bertin-Hugault

Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Direction musicale: Marc Minkowski
Mise en scène: Jérôme Deschamps

Musique:
Mise-en-scène:

Contemporain de Puccini, de Strauss et de Debussy, dont on perçoit dans l’œuvre certaines des mêmes influences, le compositeur Henri Rabaud, jadis relativement célèbre, est devenu presque inconnu, et son opéra comique Mârouf, savetier du Caire, joué à travers le monde au début du XXème siècle, une rareté du répertoire. Cet opéra regorge pourtant de qualités : son cadre et son sujet sont originaux, sa musique est foisonnante, savant mélange de rythmes effrénés et de mélodies orientalisantes plus langoureuses.

Mârouf est un savetier du Caire, qui, ayant fui sa cruelle femme, se fait passer, à l’aide d’un ami retrouvé, pour un riche marchand, jusqu’à épouser la fille d’un sultan et s’enfuir avec elle. Poursuivis par le sultan et son vizir, un djinn les sauvera du châtiment, en faisant apparaître une caravane mirifique, débordante de richesses.

La grande force de cette production réside dans la vivacité de la mise en scène, entre roulades, scènes de foule et bastonnades, ainsi que dans les costumes extravagamment bariolés, chapeaux coiffés de chien, de casserole ou d’aubergine-carotte,  turbans en pièces montées, grandes robes aux motifs éclectiques, vêtements de velours chatoyant et ondines bleutées du harem.

Les décors esquissent des paysages urbains proche-orientaux, casbahs roses ou blanches, rideaux de gaze autour d’un bassin turquoise, casemate éclairée par les étoiles à l’ombre du grand Sphinx.

Dans le rôle de Mârouf, Jean-Sébastien Bou interprète un rôle exigeant, le personnage étant quasiment omniprésent du début à la fin de l’oeuvre. Moins lyrique dans les premières scènes et dans les passages bouffe, il convainc davantage dans les scènes mélancoliques, lorsqu’il décide de fuir avec les matelots ou lorsqu’il découvre le visage de sa nouvelle femme. Vannina Santoni, dans le rôle de la princesse Saamcheddine, manque légèrement de puissance vocale mais dispose d’un timbre très joli, qui sied parfaitement à son roucoulant rôle. Le sultan de Jean Teitgen est remarquable, sa basse est profonde, son souffle long, et, bien que ses airs soient ramassés, la rondeur de son chant emballe. On notera également la voix lumineuse du Djinn de Valério Contaldo.

Mais plus que les airs, c’est l’accompagnement orchestral qui fait la richesse de Mârouf, savetier du Caire. A la direction musicale, Marc Minkowski tire le meilleur de ce foisonnement musical : les cordes sont tantôt solennelles, tantôt sarcastiques, les vents bercent le public avec leurs ondulations lactées, lorsqu’ils n’excitent pas l’essaim musical qui vrombit. La musique est mue par une énergie inventive qui sans cesse la renouvelle, elle sautille dans les scènes de foule, martèle lors des scènes de châtiment, explose lorsque la princesse apparaît dans un tintamarre de trompettes.

Jérôme Deschamps et Marc Minkowski ont brillamment réussi à rafraîchir cette oeuvre, dont l’histoire et les dialogues relèvent d’un orientalisme suranné aux relents coloniaux, en soulignant son caractère féérique, son humour décalé et la richesse de sa partition.

Il y a encore des représentations les 25, 27 et 29 avril 2018.

Max Yvetot (Publié le 24/4/2018)

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