LE TEMPS S’ACCELERE POUR “MACBETH”

Macbeth

Dalibor Jenis (Macbeth) – Production Teatro Regio di Torino – Regia: Emma Dante (Photo: Ramella & Giannese – Edoardo Piva)

Macbeth, opéra de Giuseppe Verdi sur un livret de Francesco Maria Piave, basé sur la tragédie de William Shakespeare. Crée au Teatro della Pergola à Florence, le 14 mars 1847. Version concertante au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, le 24 octobre 2017.

Macbeth: Dalibor Jenis
Banco: Marko Mimica
Lady Macbeth: Anna Pirozzi
Macduff: Piero Pretti
Malcolm: Alejandro Escobar

Orchestre et Chœur du Teatro Regio di Torino
Direction musicale: Gianandrea Noseda

La soif de pouvoir et la folie destructrice qui habitent Macbeth depuis qu’il s’est entendu prédire son ascension et son déclin par un cénacle de sorcières trouvent leur écho aujourd’hui dans le rapport d’amour et de haine que nourrissent les hommes politiques aux sondages, sorcières des temps modernes ou fées d’éphémères gloires.

En version de concert au Théâtre des Champs-Elysées, le chef d’orchestre italien Gianandrea Noseda conduisait la fougueuse adaptation par Verdi de la pièce de Shakespeare avec beaucoup de vivacité. Cette lecture sautillante met en lumière les racines rossiniennes de cet opéra; l’ouverture ressemble à un condensé de celle de Guillaume Tell, avec son orage, son fracas et ses galops haletants; on imagine une Ecosse balayée par la grêle et parcourue par des cavaliers hirsutes, enivrés d’aventure, de pouvoir et de sang. L’interprétation rapide, dramatique, se prête à merveille aux scènes initiales, des concoctions maléfiques des sorcières aux élans d’euphorie destructrice du couple Macbeth en passant par la pompe poussive des trompettes royales. La mort du roi Duncan et l’évocation de l’enfer à la fin du 1er acte sont d’une redoutable séduction; le spectateur est aspiré par le magma sonore, gonflé par la centaine de choristes. Le rythme est si vif que les archets semblent scier les cordes de leurs instruments tandis que sur scène les personnages tombent tour à tour dans les rets de la folie meurtrière de Macbeth et Lady Macbeth, illustration d’un temps qui accélère son cours alors que la fatalité exauce ses moindres menaces.

Le chœur est la grande force de cette œuvre. Puissance invisible mais omniprésente, les sorcières semblent une et mille à la fois, elles sont les dramaturges, les héroïnes et les spectatrices de la tragédie.

Marko Mimica est formidable dans le rôle de Banquo. Son timbre de granit emplit la salle et plante avec panache l’ami victime et le père de la future lignée royale. Tué au deuxième acte, on regrette que sa voix ne vienne pas hanter la salle comme son souvenir hante le nouveau roi. Dans le rôle de Macbeth, Dalibor Jenis est particulièrement convaincant pour interpréter la facette meurtrière de la folie, celle qui conduit le héros à verser toujours plus de sang pour cacher ses crimes. Les scènes d’hallucination manquent un peu de fébrilité, mais le rythme effréné de l’orchestre ménage une place mince pour la faiblesse psychologique. Dans la scène finale, Dalibor Jenis est meilleur pour prendre les armes contre la forêt de Birnam que pour se lamenter sur la malédiction qui le frappe. Anna Pirozzi incarne de manière plus complète le rôle de Lady Macbeth; elle est aussi à l’aise pour roucouler en coloratura lors des réceptions royales que pour aiguiser l’appétit sanguinaire de son mari. Elle devient même touchante dans la scène de somnambulisme, spectre au soupir caressant qui anticipe sa propre mort.

Le rythme de l’orchestre de l’Opéra de Turin ne décélère vraiment qu’à la fin. L’ouverture du quatrième acte est jouée à pas feutrés, contraste surprenant avec les cavalcades ébouriffantes des trois premiers actes. On croit alors entendre la scène finale du Dialogue des Carmélites de Poulenc. Les silences et accalmies, plus fréquents à mesure que le dénouement se rapproche, apportent une profondeur à certains personnages qui devrait davantage être exploitée. Lorsque l’opéra se termine, les spectateurs restent électrifiés par l’énergie destructrice du couple Macbeth, avec le minuscule regret que Verdi n’ait pas composé un seul air d’amour pour ralentir le rythme de cette étourdissante descente aux enfers, et que Gianandrea Noseda n’ait pas davantage laissé les musiciens exprimer la facette faible de la folie.

Max Yvetot (Publié le 26/10/2017)

Toutes les photos sont de la production du Teatro Regio di Torino dans la mise-en-scène de Emma Dante (Photos: Ramella & Giannese – Edoardo Piva)

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