SADE PAR BUSSOTTI: LA PASSION EXCITE MOINS

La Passion selon Sade

Raquel Camarinha & Eric Houzelot (Foto © Sandy Korzekwa)

La Passion selon Sade, opéra de Sylvano Bussotti (musique et livret), crée au Teatro Biondo à Palerme, dans le cadre de la Settimana Internazionale Nuova Musica le 5 septembre 1965.
Première de cette production de T&M Paris à l’ athénée – théâtre Louis-Jouvet, le 23 novembre 2017.

Justine / Juliette: Raquel Camarinha, soprano
Le Marquis: Eric Houzelot, acteur

Ensemble Multilatérale
Direction musicale: Léo Warynski
Mise en scène: Antoine Gindt

Musique:
Mise-en-scène:

Scandale en 1965 lorsque l’opéra fut créé au festival de Palerme, La passion selon Sade de Sylvano Bussotti a certainement perdu de sa puissance de choc aux yeux des spectateurs contemporains.

«Mystère de chambre avec tableaux vivants», cette œuvre située au croisement de l’opéra, du théâtre et du spectacle expérimental expose la crudité d’une relation sexuelle déviante entre les personnages de Justine/Juliette et du Marquis. Tandis qu’elle chante, lui ne fait que jouer. En costume lorsqu’il entre sur scène, le Marquis commence par un lent strip-tease jusqu’à se trouver nu comme un ver, puis d’enfiler un pyjama en satin marron. Pervers, il la bat et finit par se faire chevaucher, les yeux bandés par sa cravate dans un salon vert plus feutré qu’une table de billard. Justine/Juliette se déplace à quatre pattes jusqu’au mini-bar pour embrasser fougueusement un crucifix planté entre les bouteilles d’alcool dans la porte du frigidaire. Quelques figurants surgissent au début et à la fin pour annoncer le nom de la pièce et dire des mots attendus comme “passion” et «libertinage».

La passion selon Sade alterne entre de longues notes à l’orgue synthétique, qui voilent d’une vapeur de vampire la partition, des secousses musicales d’une originalité certaine et le chant saccadé, aspiré et soufflé de Justine/Juliette. Les instruments sont parfois malmenés ou joués d’une manière absurde; l’orchestre devient le troisième protagoniste lorsque le velours vert au fond de la scène s’écarte et que les pianistes fouettent avec une cravate les cordes exposées de leur instrument, tandis que résonnent les claques sur le violoncelle et les chaînes percutées sur le sol, écho des murmures étouffés de Justine/Juliette, brillamment interprétée par Raquel Camarinha. Avec sa voix chaude, durement éprouvée par la partition, celle-ci parvient à susciter chez les spectateurs un sentiment de suspense dans une histoire pourtant sans progression. Son rôle est un long roucoulis étouffé, rodéo vocal ou rouade enrouée dont les suffoquements évoquent autant le désir charnel que la violence subite, exploration des territoires délaissés de la passion.

D’une étonnante endurance, Raquel Camarinha a beaucoup contribué à l’intérêt du spectacle, sans doute plus que les mélodies rapidement évaporées et que l’intention provocatrice, un rien émoussée.

Il y a des représentations jusqu’au 26/11/2017.

Max Yvetot (Publié le 25/11/2017)

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