UNE TRES BELLE MAIS TROP COURTE CONFERENCE

La conférence des oiseaux

La conférence des oiseaux (Photo © Pascal Chantier)

La conférence des oiseaux, opéra de Michaël Levinas (musique et livret) d’après un conte persan de Farid Al-Din Attar dans l’adaptation de Jean-Claude Carrière. Crée dans la Grande Halle de la Villette à Paris, le 11 mai 1985. Première de cette production à l’athénée – Théâtre Louis Jouvet, le 6 avril 2018.

Raquel Camarinha, soprano
Lucas Hérault, comédien
Hervé Pierre, le narrateur

Ensemble 2e2m
Direction musicale: Pierre Roullier
Mise en scène: Lilo Baur

Musique:
Mise-en-scène:

La conférence des oiseaux La conférence des oiseaux

 

Photos © Pascal Chantier.

La Conférence des oiseaux de Michaël Lévinas est une oeuvre théatrâle et opératique inspirée d’un conte persan éponyme de Farid Al-Din Attar écrit au XIIIème siècle. C’est l’histoire d’oiseaux qui, guidés par l’un d’entre eux, une huppe, se mettent en quête du Simorgh, l’oiseau-roi. Une chanteuse, la soprano Raquel Camarinha, interprète la huppe, tandis que le comédien Lucas Hérault incarne les autres oiseaux pendant leur voyage: paon, perdrix, perroquet, perruche ou hibou. L’épopée se révèle aventure intérieure lorsque les oiseaux découvrent que l’objet de leurs recherches se nichait en eux.

La partition s’insère dans la même veine que La Métamorphose, un autre opéra de Michaël Lévinas, également joué au Théâtre de l’Athénée, en 2015, un même mélange de voix amplifiées, d’instruments, d’enregistrements et d’ordinateurs. La première moitié du spectacle est joyeuse, enthousiaste. Les passages orchestraux sont parfumés d’arômes orientaux, de mélodies indiennes à la beauté tonale caressante. Les instruments sont joués de façon à exprimer les matériaux qui les composent, et la musique, expressive, représente avec une certaine crudité des sonorités « naturelles ». Les cordes de la contrebasse rebondissent, étouffées, lorsqu’elles ne sont pas grattées. Le cor souffle et la flûte siffle ; emportés par l’accompagnement informatique qui réverbère leur musique, ils miment un vent désertique. Les percussions sont discrètes, maracas minérales et tapotis boisés, elles bercent puis explosent, notamment lorsque les timbales tombent et roulent sur scène dans un fracas d’orage. Lorsque le voyage s’achève, la musique est devenue aquatique, avalée, gargouillis informatique tissé de frottements froissés, semblable aux sons que l’on entend en écoutant un coquillage.

Michaël Lévinas insère son oeuvre dans la tradition opératique européenne, avec notamment des citations parodiques de l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Unique voix chantée de cette oeuvre, Raquel Camarinha est tour à tour rossignol coloratura, pantin désarticulé digne de L’enfant et les sortilèges de Maurice Ravel, puis sévère et glaçante comme la Reine de la nuit lorsqu’elle harangue les « oiseaux négligents ». Elle s’illustre par sa capacité à interpréter ces différents styles, même si la brièveté des passages lyriques ne lui permet pas toujours d’exprimer toutes les couleurs de sa voix.

La mise en scène est minimaliste. Des origamis de lumière décorent les pupitres, des bouquets d’oiseaux sont posés au deuxième plan et un rideau bleu nuit au fond de la scène transporte le public dans l’univers des contes. Les musiciens se déplacent sur scène en mimant les gestes saccadés des oiseaux: : coups de becs, sautillements ou démarches gouailleuses des pigeons. On retiendra l’originalité de ce spectacle, la recherche accoustique et sa beauté certaine: on regrette cependant que le voyage soit si court, ce qui affaiblit le caractère initiatique de l’oeuvre et la clarté de la trame narrative.

Il y a des représentations jusqu’au 11 avril 2018.

Max Yvetot (Publié le 9 avril 2018)

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