Titus est détrôné par Sesto

La clemenza di Tito

Valentina Nafornita (Servilia), Amanda Majeski (Vitellia), Ramon Vargas (Tito Vespasiano), Marko Mimica (Publio), Antoinette Dennefeld (Annio) et Stéphanie d’Oustrac (Sesto) (Foto: Sebastien Mathe / Opera national de Paris)

Opera de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret de Pietro Metastasio adapté par Caterino Mazzolà. Crée le 6 septembre 1791 à l’actuel Estates Theatre à Prague. Première par l’Opéra national de Paris au Palais Garnier le 15 novembre 2017.

Tito Vespasiano: Ramón Vargas
Vitellia: Amanda Majeski
Servilia: Valentina Naforniţa
Sesto: Stéphanie d’Oustrac
Annio: Antoinette Dennefeld
Publio: Marko Mimica

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

Direction musicale: Dan Ettinger
Mise-en-scène: Willy Decker

Musique:
Mise-en-scène:

Deux épisodes de la vie de l’empereur romain Titus ont marqué les esprits à travers les siècles : le renoncement à l’amour au nom de la raison d’Etat et la grâce accordée à ses proches qui ont tenté de l’assassiner. C’est ce deuxième épisode que raconte La clemenza di Tito de Mozart.

La trame de l’opéra est relativement linéaire. Le titre de l’œuvre annonce sans ambages le dénouement et seul le meurtre du faux Titus à la fin du premier acte fait sursauter les spectateurs. La mise en scène de Willy Decker accentue le statisme de l’œuvre, alternant entre un gigantesque mur circulaire de travertin blanc qui s’échancre autour d’un bloc de pierre et un intérieur suggéré par un vaste tableau né sous la double étoile d’un mauvais Chagall et d’une bande dessinée pour adolescents. Les costumes sont joliment colorés, mais toute la suite de l’empereur arbore des coiffes bouffonnes dont on comprend mal la signification.

Dans le rôle-titre, le légendaire ténor mexicain Ramon Vargas semble à bout de souffle. Il s’éraille sans apporter une touche de sagesse au personnage de l’empereur. Son interprétation est très monolithique, rocailleuse même, fragilisée par un chant poussif, que ce soit dans la scène où Servilia se dérobe à sa main ou lorsqu’il tergiverse sur le sort à réserver à son ami qui a tenté de le tuer.

La fatale Vitellia, qui manipule et manigance, est légèrement décevante. La soprano Amanda Majeski semble avoir du sable dans la gorge, ses aigus sont parfois granuleux et sa voix manque de souplesse. Néanmoins, elle a un souffle redoutablement long et un phrasé langoureux qui lui permettent de sublimer certains passages, notamment lorsqu’elle chante des notes graves, par exemple dans le trio du deuxième acte.

Servilia, dont le rôle est moins complexe, incarnation avec Annio de l’amour parfait, de la fidélité fusionnelle à laquelle beaucoup aspirent, chantée par Valentina Nafornita, ne fait que roucouler. Elle déclare magnifiquement son amour à Annio, sa voix est une sérénade de sucre dans laquelle sa diction a tendance à fondre. Antoinette Dennefeld a une voix moins marquante de prime abord, légèrement nuageuse, mais la conviction avec laquelle elle joue le rôle d’Annio en fait un des meilleurs éléments du plateau vocal; elle est lumineuse lorsque sa voix s’enroule avec celle de Valentina Nafornita au premier acte.

Le spectacle est surtout porté par l’interprétation unique que Stéphanie d’Oustrac offre de Sesto. Tour à tour profonde, vive et solennelle, chaque air est l’occasion d’exprimer un florilège de sentiments. Les notes sont longuement tenues, son timbre clair se faufile aisément dans les graves, elle excelle dans le duo du 1er acte, mélodieuse démonstration de douceur, elle slalome dans les soupirs, faisant montre d’une belle amplitude vocale, capable de revirements soudains, dispensatrice de puissantes caresses et d’une maîtrise rare lorsqu’elle invoque la clémence de Titus.

L’orchestre de l’Opéra national de Paris, sous la direction de Dan Ettinger, s’illustre par la section des vents, avec notamment le cor de basset, tour à tour annonciateur puis écho des voix, dont le son rebondit comme une carpe qui sautille, enrobe et rougeoie.

Tandis que la partition de Mozart est censée explorer les tourments de l’empereur romain, le public de l’Opéra de Paris se prend davantage de sympathie pour le personnage de Sesto, moins légendaire, plus humain, plus ordinaire et pourtant tellement plus riche grâce au chant de Stéphanie d’Oustrac.

Il y a des représentations jusqu’au 25 décembre 2017.

Max Yvetot (Publié le 17 novembre 2017)

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